Les grèves, encore et toujours… En 2007, j’en avais fait un article intitulé Négociation entre égaux ou bataille d’egos ? Le thème étant le même, j’ai relu mon article. Il n’y a pas grand-chose à changer. Malheureusement. Le temps passe, mais ne change rien.

L’éternel retour …

Les français adorent les grèves. Cela fait partie de notre culture, de notre histoire voire de nos mythes ! J’ai parfois du mal à l’expliquer à mes collègues ou correspondants étrangers, qui trouvent quand même bizarre que les français puissent préférer la violence de la grève générale au compromis de la négociation. Qui plus est, sans que personne n’en sorte vraiment gagnant car, dans ce petit jeu du « qui perd gagne », tout le monde perd, un peu, beaucoup, passionnément !

De plus, et ils n’ont pas tort, on a l’impression, de l’étranger, que les français font grève pour les mêmes choses. Toujours et encore. C’est donc l’éternel recommencement. La grève comme moteur de l’histoire ou, plutôt, la grève comme révélateur d’une histoire qui ne change pas. On avait déjà vu ce temps cyclique, qui revient en tournant sur lui-même, par exemple dans la capacité du capitalisme à se régénérer (lire Goldman Sachs ou l’éternel retour). On le voit encore plus clairement avec nos amis grévistes ou gouvernementaux, qui se renvoient la balle, sans progresser, restant sur leurs positions. Plutôt frères siamois qu’ennemis intimes. La bataille des egos fait encore rage…

… du changement qui ne change pas
 
Il y aurait pourtant tant de choses à discuter, à négocier, qui seraient plus structurantes pour l’avenir que le passage symbolique de 60 à 62 ans. Le problème le plus crucial est qu’il n‘y a pas assez de travailleurs cotisants ! Le cœur cotisant des actifs est coincé, voire raboté, année après année. Et de deux côtés.

D’abord du côté des jeunes. Les jeunes sont jeunes de plus en plus vieux, car ils rentrent sur le marché du travail (quand ils y rentrent !) de plus en plus tard. Et de manière de plus en plus précaire. Résultat : moins de jeunes au travail.

Ensuite, du côté des vieux. Les vieux sont vieux de plus en plus jeune, car ils sortent du marché du travail (ou quand ils en sont sortis !) de plus en plus tôt. Et de plus en plus riches. Résultat : moins de vieux au travail.    

Résistance ou obéissance ?

Et, au lieu de faire avancer les choses, on s’affronte. D’un côté, on pense résister à la tyrannie par les blocages ou des actions absurdes. De l’autre, on souhaite le retour de l’ordre par l’envoi de forces de police ou de communiqués de victoire, dignes de 14-18.

Sur cet affrontement finalement stérile, Alain a tout dit et je ne fais que le citer intégralement (sans coupe, comme à la télé…):
« Résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen. Par l'obéissance il assure l'ordre; par la résistance il assure la liberté. Et il est bien clair que l'ordre et la liberté ne sont point séparables, car le jeu des forces, c'est-à-dire la guerre privée à toute minute, n'enferme aucune liberté: c'est une vie animale, livrée à tous les hasards. Donc les deux termes, ordre et liberté, sont bien loin d'être opposés; j'aime mieux dire qu'ils sont corrélatifs. La liberté ne va pas sans l'ordre; l'ordre ne vaut rien sans la liberté. Obéir en résistant, c'est tout le secret. Ce qui détruit l'obéissance est anarchie; ce qui détruit la résistance est tyrannie. Ces deux maux s'appellent. Car la tyrannie employant la force contre les opinions, les opinions, en retour, emploient la force contre la tyrannie; et, inversement, quand la résistance devient désobéissance. Les pouvoirs ont beau jeu pour écraser la résistance, et ainsi deviennent tyranniques. Dès qu'un pouvoir use de force pour tuer la critique. Il est tyrannique. »

La démocratie sociale reste encore à inventer en France.

Ce qui est sûr, c’est que le problème des retraites n’est pas réglé par cette réforme (on parle déjà d’un nouveau débat en 2013 pour une nouvelle réforme en 2015 !). Sans parler des jeunes, toujours précaires, et des vieux, toujours poussés dehors.

Au-delà de ce ping-pong incessant, on se demande où est partie la volonté générale chère à Rousseau. Dans les vapeurs d’essence ? Ou peut-être dans les essences d’ordures ménagères ?

Vincent Toche
Never be Lost In Management !