Il a neigé sur l’Ile de France : grosse pagaille. Comme quoi, quelques flocons peuvent perturber une grande métropole comme Paris. Que faut-il en penser ? Est-ce la nature qui se venge ? Ou le simple désordre d’un monde trop ordonné ?

Moi, aussi, comme tant d’autres, je me suis retrouvé dans la pagaille. J’étais allé visiter un salon au Parc des Exposition de Villepinte en voiture. A 15h, tout était déjà blanc, et cela patinait fort. Mais, à la différence de beaucoup d’autres, accro à leur voiture, j’ai garé la mienne pour prendre le RER et suis rentré sur Paris en moins de 45 minutes.

Maitre et possesseur de la nature ?

Ce qui est sûr, c’est que quelques flocons peuvent paralyser une métropole de 10 millions d’habitants, bien plus efficacement que des manifestants ou des grévistes. Si notre président ne voit plus les grévistes, il n’a pas pu louper les flocons.

Malgré la Météo, les services de police, les pompiers, la gendarmerie, la Préfecture de Police, le sable, le sel et le gouvernement toujours mobilisé, en deux heures, la messe est dite : pagaille noire sur neige blanche.

Descartes_Discours_de_la_Methode_1_L’homme n’est donc pas tant que cela « maître et possesseur de la nature », comme le disait ce bon Descartes, en 1637, dans le Discours de la méthode.

Alors que le sommet de Cancun (16ème sommet de l'ONU consacré aux changements climatiques qui s'est déroulé au Mexique du 29 novembre au 10 décembre 2010) a de nouveau accouché d’une souris, il est bon que la nature reprenne ses droits, ou plutôt reprenne des droits qu’on ne lui a jamais vraiment octroyés.

Posséder la nature c’est en faire un objet. C’est la soumettre au bon vouloir de l’homme, et à son propre désir. Désir infini de connaissances et d’expériences de toutes sortes. Maitriser la nature ou en devenir maître, c’est l’asservir et en faire un esclave. Cette célèbre phrase a pu justifier (et justifie parfois encore) toutes les dérives des sciences, et l’exploitation sans limite de la terre. On en revient, et heureusement.

Ni Dieu ni maître ?

Cela dit, Descartes est plus mesuré que ses exégètes et parle des sciences qui lui ont « fait voir qu'il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie ». Vision pratique, non spéculative, pragmatique s’il en est. Lisons donc le discours de Descartes comme un appel à la recherche scientifique, et non pas uniquement comme la volonté de soumettre la nature à l’homme, qui apparait non seulement moralement condamnable et écologiquement désastreux, mais aussi difficilement réalisable. Peut-on vraiment dire qu’on maîtrise la nature quand quelques flocons vous empêchent de rouler ? L’homme a une maîtrise relative de la nature et cette nature ainsi possédée semble bien réfractaire à son autorité…

Cette semaine, les apprentis « maîtres et possesseurs de la nature », coincés dans leur voiture ou les pieds dans la neige, n’avaient pas l’air de maîtriser quoi que ce soit ! Et, à part leur inutile voiture, il n’avait pas l’air de posséder grand-chose. Pour Descartes d’ailleurs, l’homme est « comme maître et possesseur de la nature », ce qui veut clairement dire qu’il ne l’est pas, car, pour lui, seul Dieu l’est.

La nature ne se venge pas : elle est maître d’elle-même. Ni maître, ni esclave. Ni possessive, ni possédée. Ni dieu, ni maître, comme le chanterait Léo Ferré.

On pourrait résumer tout cela autrement, et bien plus prosaïquement.
Il neige en décembre, et alors ? Pas de quoi fouetter un chat !

Vincent Toche
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